Marion Graux, potière & “mère nourricière”

Marion Graux, potière & “mère nourricière”

Le vendredi soir, il y a des rendez-vous qui font traîner des pieds. Celui fixé dans l’atelier de Marion Graux n’en fait pas partie. Déjà au téléphone, la complicité était là. “Vous allez prendre des photos ? Il faudra que je me lave les cheveux alors !” nous a-t-elle lancé en rigolant. La rencontre avec Marion est à l’image de sa vaisselle : simple, évidente, naturelle, profondément animée. Ensemble, nous avons choisi les pièces qui subliment les produits de la Box de Yannick Alléno. Et puis on a discuté en la regardant tourner : la semaine n’aurait pas pu mieux se terminer.

AVANT-PROPOS

On vous le raconte dans cet article, Marion vient de donner vie à “Une nouvelle vaisselle”. Cette nouvelle ligne a été pensée par Marion puis conçue main dans la main avec la manufacture de Digoin. Comme elle le dit si bien, il s’agit d’une vaisselle industrielle, qui garde l’âme du potier. Les chefs étoilés Hélène Darroze et Grégory Marchand ont déjà adhéré ! Normalement, cette vaisselle est d’ailleurs destinée aux chefs ; exceptionnellement, Marion la propose en prévente et surtout à -40%. Un beau cadeau à (vous) offrir avant Noël. Personnellement, on a eu l’occasion de l’admirer en exclusivité et on a été bluffés.
Ne manquez pas votre chance, à saisir jusqu’au 23 décembre.

Une nouvelle vaisselle, le formidable projet de Marion Graux


POTERIE & FLEURS FANÉES 

“Je produis de la vaisselle pour des restaurants. Et puis on est aussi fleuriste de fleurs fanées”. C’est ainsi que Marion raconte sa boutique à la devanture rose pastel au client qui pointe un nez intimidé, quelques minutes après notre arrivée. Il s’enquiert des compositions de bouquet ; elle lui répond, les mains dans l’argile, qu’elle ne propose que les bouquets déjà faits, en vitrine. Notre invité nous quitte. “Ha oui, j’ai oublié de vous dire, je suis la pire vendeuse du monde !”. Bonne tranche de rire suivie d’une explication qui colle bien au personnage : “Parfois, on ne peut pas tout faire”.

Et en l’occurrence, Marion finit une série de saladiers avant de partir en vacances à Dieulefit (Drôme), un village de potiers dans lequel elle a passé toute son enfance. Une pause en famille avant de lancer le plus gros projet de sa carrière en famille aussi, plus exactement en duo avec son mari.

 

📷 Tristan Laffontas


LA DANSE DE L’ARGILE

Ce projet, c’est la sortie de sa première ligne industrielle. Industrie, le mot fait pâlir dans la bouche d’un artisan. À tort nous explique justement Marion : “l’industrie, ce n’est pas la Chine”. C’est elle qui a déniché cette manufacture bourguignonne “qui tente de survivre” avec ses 17 employés – contre 200 il y a moins d’un siècle. “Ils ont une technicité incroyable, ce sont de vrais ouvriers de la terre et je suis hyper fière de signer cette ligne avec eux”. On a eu la chance de l’admirer en exclusivité, on vous fait le résumé : 5 formes, 5 couleurs, 1 vraie âme. Toujours vissée sur son tour, Marion nous rembobine un peu son parcours : cinq ans dans la presse, dix ans dans l’argile. Ses premiers vrais souvenirs de terre sont plutôt ceux de tours (de poterie) : “une expérience que je vous souhaite de vivre un jour. 


“Moi je trouve qu’il y a un rapport très charnel avec l’argile, c’est une sorte de danse à deux”

 

📷 Tristan Laffontas


L’EAU, LE VENT ET LE TEMPS

Bon, et alors il s’est passé quoi en dix ans ? “Alors déjà, je suis devenue maman de deux enfants”. Ok, pas mal. On embraye sur le temps qui passe et Marion nous pose un petit rappel simple et efficace : l’argile, peu importe qui la travaille, est toujours le fruit de l’érosion des montagnes. C’est le travail commun de l’eau, du vent et du temps : “moi ça peut me faire pleurer de savoir qu’une de mes assiettes est le résultat final de ce mariage et que mes enfants mangent dedans”. Et toujours en parlant de temps, Marion s’empresse de nous dire “avant que vous me posiez la question” que la céramique n’est pas “tendance” : de tous temps, les fouilles archéologiques ont permis de retrouver des pièces de cuisine. Et puis selon Marion, ce n’est pas une histoire de sophistication.

 

“Je pense qu’il faut revenir à une sorte d’essentialité du repas et des objets. Mon choix de métier, c’était de fabriquer de la vaisselle, des objets pour le quotidien, avec une sorte d’instinct nourricier. Depuis dix ans, j’ai l’impression de participer à l’Histoire du manger autrement et dans une cohérence globale : depuis le producteur jusqu’au tri des déchets. C’est une question de respect de soi, de ce qui nous entoure, de notre quotidien. On mange trois fois par jour et si on fait ça en conscience, je pense qu’on est un peu moins grossiers”.

 

La vaisselle de Marion dans le magazine MoiChef 📷 Laetitia Vallée

Aujourd’hui, Marion signe notamment la vaisselle d’Hélène Darroze, Grégory Marchand (à Paris et Londres) et expose à Tokyo. “Chaque collection est issue d’une conversation avec le chef. C’est très agréable de savoir pour qui on travaille, à qui on se destine”. Le matin même de notre rencontre, Marion venait d’écrire à la famille Roellinger, qu’elle admire depuis longtemps : “tout ce qu’ils disent, j’aimerais l’avoir dit” ! On croise les doigts alors, et on s’en va le coeur léger. Marion n’a pas bougé : elle continue de donner vie à des saladiers. 

Marion = un instagram @mariongrauxpoterie + un site sur mariongraux.com

ainsi qu’une nouvelle collection à ne pas manquer et un atelier au 46, rue Dunkerque (Paris IX)