Hélène et Nicolas, un autre genre de restaurateurs

Hélène et Nicolas, un autre genre de restaurateurs

“Le restaurateur ne peut avoir aucun ego, nous ne sommes là que pour rendre l’âme au tableau et sublimer ce qui a été fait”. Si Michel Guérard a choisi de nous présenter Hélène et Nicolas, c’est parce qu’ils sont également dans la restauration…d’art ! Dialogue autour de l’héritage, la transmission et de la passion, bien sûr.

Le travail de la main

Difficile de ne pas déceler une émouvante complicité entre le chef et le couple de restaurateurs lors de notre visite. Qui peut sans doute s’expliquer par les similitudes de leurs métiers, ce fameux “travail de la main”, souvent évoqué par Michel Guérard ; mais aussi par leur sensibilité partagée : “je retrouve souvent la poésie de vos plats dans les tableaux que je restaure” raconte Hélène. Ou -si on s’aventure encore un peu – par l’effet miroir du couple qui partage chaque jour leur passion commune, à l’image de Michel et Christine Guérard.

 

“Lui l’artiste, des mains en or ; elle cette âme de la poésie, du beau et de tout mettre en valeur.
Notre rencontre a été le déclencheur : notre atelier devait se déplacer jusqu’à Eugénie-les-Bains” confie la restauratrice.

 

Dans l’atelier d’Hélène et Nicolas – 📷 Anne-Claire Héraud

Combler les manques

“Restaurer, cela signifie résorber, combler les manques, effectuer une retouche illusionniste pour que les lacunes ne se voient plus. Il faut réussir à mettre en valeur le travail du peintre, redonner vie à sa toile tout en copiant son style par micro touches, micro couleurs”. Pour cela, Hélène utilise des peintures réversibles, spécialement conçues pour la restauration ainsi que des colles naturelles, comme de la cire de résine d’abeille. “Pour certaines oeuvres, je rentoile, c’est-à-dire que je colle une toile à l’arrière pour consolider la toile existante”. Nicolas, lui, s’est spécialisé dans la dorure de cadres, tableaux et miroirs.

 

“Ce qui a fait la richesse de notre couple, c’est notre échange de techniques.
À
force de travailler avec Hélène, j’ai appris à récupérer l’or d’origine”.

 

Pour cela, c’est une technique du XVIIème siècle que le doreur utilise : une fois le bois sculpté, poncé et réparé, ce sont 16 couches au blanc de Meudon qui seront nécessaires. Suivies d’un mélange de terre et de colle de peau de lapin sur laquelle la feuille d’or pourra adhérer grâce à l’électricité statique. Lorsque la surface est sèche, le lendemain, Nicolas utilise une pierre d’agate (autrefois une dent de loup !) pour aplatir l’or sur toute la surface et retirer les plis.

 

Dans l’atelier d’Hélène et Nicolas – 📷 Anne-Claire Héraud

Traverser les siècles

La famille d’Hélène, antiquaires depuis plus de 41 ans, lui confère une expertise unique…et passionnante. Elle nous raconte ainsi que de nombreuses boiseries ont été brûlées, après 1789. La révolution industrielle a ensuite permis de développer la technique du stuc, beaucoup plus productive : on ne sculpte plus, les décors sont simplement moulés et ajoutés sur la structure de base. La bourgeoisie du XIXe siècle -qui souhaitait se meubler à moindre coût- en était très friande. Fin XIXème, le prix de l’or grimpe : les dorures sont donc imitées avec de la feuille de cuivre mais qui malheureusement, s’oxyde.

 

Dans l’atelier d’Hélène et Nicolas – 📷 Anne-Claire Héraud

Aujourd’hui, on peut reproduire les éléments décoratifs avec le silicone. ‘“J’utilise du bois de meuble récupéré de vieilles carcasses, si possible de la même époque. Le bois a déjà travaillé donc présente moins de risques de fissures” nous explique Hélène avant de nous livrer les clés pour distinguer différentes méthodes de restauration. “En Italie, on laisse beaucoup les parties altérées visibles, le pigment d’époque. Parfois, les restaurateurs vont très loin et ne gardent pas l’histoire du tableau : on le voit, par exemple, aux bleus très vifs”.

En France, on est dans un “entre-deux” avec des retouches illusionnistes -qui se veulent invisibles- mais un véritable souhait de garder l’oeuvre avec son charme et son histoire. Une fois restaurée, une oeuvre peut ainsi “repartir” pour 200 ans : il est donc primordial pour le couple d’en conserver l’âme. Un sujet qui entraîne manifestement de nombreuses discussions philosophiques avec le chef : “nous travaillons ensemble pour que cette oeuvre traverse les siècles et soit transmise de main en main”. Un destin que l’on souhaite à l’oeuvre de Michel Guérard.

 

📷 Anne-Claire Héraud
La Box de Michel Guérard, une exclusivité à vivre en cuisine, jusqu’au 14 mai seulement.