Laurence Haurat réconcilie ses patients avec l’alimentation

Laurence Haurat réconcilie ses patients avec l’alimentation

Dans les pages de son nouveau magazine, MoiChef lance une rubrique autour des expériences de dégustation et des sensations alimentaires. Sous forme de petits travaux pratiques, Laurence Haurat, psychologue nutritionniste, vous invite à découvrir autrement le rapport entretenu entre le corps et l’alimentation.

Bonjour Laurence, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste exactement votre métier ?

J’ai deux formations : une de psychologue et une de diététicienne. Ces deux formations accolées me permettent d’appréhender les questions de poids et d’alimentation avec un œil de diététicien, pour respecter les besoins du corps et avec un œil de psycho-sociologue pour comprendre le rapport parfois troublé à l’alimentation. Le rapport à la nourriture est très intime et en connexion avec l’environnement dans lequel on se trouve. La façon que l’on a de manger est très liée à l’éducation, au milieu social, à la région dans laquelle on a grandi, à la religion, mais aussi à la dimension esthétique, émotionnelle, psycho-affective ou culturelle. Mes patients ont une perception de l’alimentation déformée par des croyances, des schémas affectifs ou corporels. C’est pour cela que je veux aller au-delà du conseil nutritionnel pour les réconcilier avec l’alimentation, qu’ils se réapproprient le rapport à la nourriture.

 

“Mon enfance est pleine de souvenirs gustatifs.”

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à joindre une formation de diététicienne à votre formation de psychologue ?

Je dirais que c’est lié à trois choses. Tout d’abord, j’ai compris par mon schéma familial que l’on disait beaucoup de choses à travers l’alimentation. Ma grand-mère cuisinait beaucoup. Elle est devenue cuisinière dans des familles une fois à la retraite. L’alimentation avait une vraie importance dans ma famille. C’était des moments d’amour. Mon enfance est pleine de souvenirs gustatifs. Et puis, j‘ai fait médecine pendant trois ans. Je me suis rendu compte que la formation en nutrition était très concise. L’alimentation est vraiment un sujet à part. Quand j’ai arrêté médecine, j’ai commencé des études de psychologie. Dans cette formation, on ne parlait pas du tout de nourriture. Pendant 15 ans, j’ai donc exercé en tant que psychologue traditionnel pour des entreprises. Et puis, je me suis dit que je voulais faire quelque chose qui m’intéressait vraiment. C’est là qu’a germé l’idée de lier la psychologue à l’alimentation. J’ai fait un BTS en diététique. En France, on accorde beaucoup d’importance aux formations. Je ne voulais pas risquer de ne pas être prise au sérieux. Je voulais avoir des connaissances fondées sur le domaine, pour pouvoir m’en affranchir ensuite. La formation de diététicien est très rationnelle, on parle de grammages, de calories. C’est une formation rapide : seulement 2 ans pour tout connaître de la digestion, des pathologies liées à l’alimentation, etc, mais pas du tout de psychologie. Je ne veux pas imposer de régime, je veux réconcilier mes patients avec l’alimentation. J’essaie d’ouvrir une porte que personne n’avait ouverte avec eux. J’essaie de comprendre pourquoi l’alimentation pose problème, pourquoi certains mangent pour se rassurer, pour se tenir compagnie, pour se consoler.

 

Laurence Haurat distille ses bons conseils lors de consultations mais aussi dans des chroniques télévisées et des livres.

 

Quel est le meilleur conseil que vous pourriez donner pour prendre du plaisir à manger ?

On ne peut pas obliger les gens à prendre du plaisir. Il faut manger en conscience, casser l’automatisme, écouter ce que raconte son corps et sa tête. Si mon corps me dit que je n’ai pas faim, je dois l’écouter. Chacun à ses trucs pour investir l’acte alimentaire pour le meilleur de ce qu’il peut amener. Manger peut être source de plaisir, peut être rassurant, etc. Il faut être en phase avec soi-même et avec son environnement quand on mange. Par exemple, le dégoût pour un aliment peut naître d’un traumatisme psychologique, d’un état de désarroi dans lequel on était au moment où on l’a mangé. Il est préférable d’être attentif à l’ambiance dans laquelle on mange. Il ne faut parler de problèmes à table ou manger devant la télé, cela occupe l’espace cérébral dont on a besoin pour être pleinement conscient de l’acte de s’alimenter. 

Faut-il toujours attendre d’avoir faim pour manger ?

C’est majeur ! C’est vers cela que j’oriente mes travaux pratiques pour la rubrique du magazine MoiChef : la faim, le rassasiement. C’est capital d’avoir envie de manger avant de passer à table et de détecter le moment où on est rassasié. C’est intéressant de voir pourquoi certaines personnes ne s’écoutent pas pour manger. Manger est parfois perçu comme une obligation vis-à-vis des personnes avec qui l’on vit qui ne comprendraient pas, qui se vexeraient car ils ont préparé à manger. C’est difficile de savoir dire non pour se respecter soi et respecter les autres. 

Cuisiner soi-même aide-t-il à mieux profiter de ses repas ?

Cela peut aider à se reconnecter à son corps, mais cela ne veut pas dire se préparer un banquet tous les midis. Pour ceux qui n’aiment pas cuisiner, je conseille toujours de préparer des choses simples et rapides : des œufs, de la viande qui cuit rapidement. Il faut rendre l’environnement propice à ce moment en fonction de ce dont on a envie : mettre de la musique, lire, être contemplatif.

 

“On n’a plus conscience du véhicule à bord duquel on est : le corps.”

 

Quels bénéfices peut-on tirer des petits travaux pratiques que vous proposez dans le magazine de la Box MoiChef ?

Ces exercices permettent de se reconnecter à soi-même. Aujourd’hui, tout le monde est déconnecté de soi, de son propre corps. C’est un vrai problème sociétal. On est sans cesse connecté à l’information, sans cesse sollicité. On attend toujours de vous des réponses immédiates. Regardez le nombre de mails, de coups de téléphone et de messages personnels ou professionnels que vous recevez en une journée ! C’est très difficile de se déconnecter de ce flux d’informations et le corps en pâtit. On mange mal, trop vite. On n’a plus conscience du véhicule à bord duquel on est : le corps, qui est une chose tellement essentielle. Il faut réapprendre à découvrir le mangeur que l’on est. Aujourd’hui, la nourriture est proportionnée. On mange telle quantité par habitude. Il y a aussi une dimension morale, sociale et éthique que l’on nous inculque depuis l’enfance, ces injonctions à finir nos assiettes. Dans une société comme celle d’ aujourd’hui, où l’abondance alimentaire n’a jamais été aussi grande, seul un signal intérieur, écouter son corps, peut nous permettre de bien manger, de s’autoriser à être soi-même, à être le mangeur que l’on est. Il y a des gens qui ne sont pas à l’aise avec l’idée des trois repas par jour, qui mangent de petites quantités tout au long de la journée et qui sont bien plus confortables comme cela. L’essentiel est d’apprendre à s’écouter.

Quel est votre rapport à la cuisine ? Qu’aimez-vous cuisiner ?

Étant mariée à un cuisinier, je cuisine peu, mais ma cuisine est très investie symboliquement. Je fais de la cuisine ménagère, celle de mes souvenirs, héritée de ma famille : des desserts, la choucroute de ma grand-mère. Pour moi, cuisiner est un geste d’amour. J’aime voir les gens contents de ce que je leur ai préparé. C’est très valorisant. J’aime que ma cuisine soit reçue comme je l’attends, qu’elle soit appréciée. La cuisine fonctionne sur le principe du don / contre-don. Celui qui cuisine donne, c’est un acte plein de générosité. Celui qui reçoit fait un contre-don en valorisant, complimentant le plat, c’est une façon de dire : j’aime la façon dont tu m’aimes.

 

“C’est plus que la hotte du père Noël c’est une lucarne ouverte à l’atelier des lutins !”

 

Que pensez-vous de l’initiative MoiChef ?

On en apprend toujours sur les gestes, les techniques, les saveurs, les goûts. Les recettes sont parfois ambitieuses, complexes, mais ainsi, on n’est jamais blasé. C’est un vrai bonheur de découvrir les produits en ouvrant la Box, de les sentir, de la goûter. C’est plus que la hotte du père Noël c’est une lucarne ouverte à l’atelier des lutins ! C’est intéressant de voir ce que l’ouverture d’une Box génère. C’est toujours une surprise, on a envie d’ouvrir les pots, de goûter, de sentir. Pour avoir la pleine conscience de ce que l’on mange, il faut utiliser tous les sens avant de mettre en bouche. Le goût est un élément de tout un ensemble.

 

Retrouvez toutes les informations et l’actualité de Laurence Haurat sur son site.

Ses expériences de dégustation sont à découvrir tous les mois dans le magazine de la Box MoiChef.